jeudi 11 décembre 2008

Lettre du 02.10.08 de Marie-Sophie K.

Cher Jérôme,
c'est drôle, il y a un an jour pour jour je t'écrivais un mail pour te dire combien l'Amoureux en lambeaux m'avait touchée. Aujourd'hui, je t'écris à propos de ce Garçon qui dessinait des soleils noirs. Je l'ai lu très vite, dans mes longs trajets de métro, le tenant serré contre mon coeur dans les couloirs lors des changements de lignes et je l'ai fini cette nuit, je n'arrivais pas à dormir pour de nombreuses raisons, et je me suis finalement assoupie après avoir lu La nuit verte.
L'autre jour, j'étais chez mes parents à St Malo, et le rituel du samedi matin est de lire "Monsieur et Madame Figaro" comme je les surnomme. Il y avait un article dans Monsieur Figaro, sur "l'art du deuxième roman" et surtout sur la difficulté pour l'auteur, sans doute de s'affirmer, se confirmer, de "passer du stade de l'auteur à celui d'écrivain" disait l'article. Je sais bien que tu n'en es pas vraiment à tes débuts, ton oeuvre tu la construis déjà depuis un moment, petit à petit, texte par texte, comme le nid d'un oiseau fait de brindilles (ce qui te vas plutôt bien, car tu me fais penser à un petit oiseau tombé du nid). Bref, l'article n'était pas joyeux, et citait 3-4 auteurs qui avaient su tirer leur épingle du jeu dans la rentrée littéraire pour leur second roman. Tu n'étais pas cité, et je dois avouer que ça m'a quelque peu assombrie.
J'appréhendais de lire ce nouveau livre. Peur d'être déçue sans doute, j'avais tellement aimé l'Amoureux. Je suis heureuse de m'apercevoir que je suis loin de la déception. Dès les premières lignes, je me suis à nouveau plongée dans ton univers si particulier. Il y a dans ton écriture, quelques chose qui me transporte dans une autre époque. J'ose penser que tu as conservé ton regard d'enfant sur le monde, sans l'insouciance peut être. Il suffirait d'un Nuts, d'une tarte aux pommes pour se réfugier quelques instants dans l'enfance. Mais certaines choses sont révolues et on peut en arriver à la substitution. Peut être que Basile a pris ce revolver comme un de ces feutres pour dessiner des soleils noirs.
Quand je parle de l'enfance, tous tes personnages le sont encore par certains côtés, et c'est ce que je trouve le plus touchant comme Basile qui parle au petit nuage, Caroline dans la Nuit Verte qui arrose toutes les plantes, pour ne pas faire de jaloux, ou encore Simon qui envoie des colis vengeurs et farceurs, tel un enfant diabolique déçu par un ami ou une fiancée (Je suis d'ailleurs chiffonnée de voir que la majorité des filles décrites sont inconséquentes, superficielles, frivoles et s'abandonnent très vite, mais bon..) Je suis convaincue que ces moments d'enfance peuvent permettre de reprendre son souffle dans la vie, marquer une pause puis reprendre sa route le coeur un peu plus léger.
Mais, c'est un sentiment étrange de suivre Basile dans ces journées d'errances douloureuses. Il marche, il cherche une porte dérobée pour quitter la scène. Les souffrances de Basile sont parfois difficiles à se figurer, et à la lecture de ce livre, chacun peut y trouver un écho personnel, plus ou moins violent. Les nouvelles situées à la fin m'ont permises de ne pas trop être assombrie par les rayons des soleils noirs.
Les derniers mots sont "malgré tout" et ça me met du baume au coeur.
Marie-Sophie K.