Très cher Jérôme,
Hier après-midi, j'ai lu Le garçon qui dessinait des soleils noirs... Et, cet après-midi, La nuit verte et La solitude exécutée...
Du premier, j'ai relevé deux passages que j'ai beaucoup appréciés... L'un est celui-ci : "Dans des périodes ou à des époques plus romantiques on se tuait pour. Pour la gloire, pour une femme. Aujourd'hui, on se tue à cause. Les temps sont lâches." L'autre est celui-là : "... Basile pensa à sa grand-mère paternelle [...] qui avait coutume de dire, sur la fin de sa vie, que si on attachait avec une vulgaire ficelle - et elle insistait sur le mot vulgaire - tous les moments difficiles qu'elle avait vécus, peut-être que la ficelle ployant sous ce qu'on y avait attaché donnerait au bout du compte le sourire de Buddha."
Sinon, mon ressenti sur le roman... J'ai trouvé l'atmosphère assez étrange, presque fantomatique, très sombre (ce qui n'a rien d'étonnant, sous un soleil noir !), à la limite des histoires fantastiques d'un Edgar Allan Poe... Je ne sais pas trop si d'autres auront relevé cela, mais c'est ainsi que je l'ai parcouru... Je pense notamment au passage où Basile se retrouve dans la maison de famille... Ce passage-là laisse place à grande imagination, je trouve... Basile est-il toujours avec nous à ce moment ou n'est-il déjà plus ? Odilon vit-il vraiment à l'étranger ou se terre-t-il dans sa chambre ? J'ai trouvé ce passage très mystérieux, presque irréel...
J'ai aimé ce roman mais je dois avouer que je lui préfère L'amoureux en lambeaux... Parce que, dans Le garçon qui dessinait des soleils noirs, vous m'avez quelque peu surprise et désorientée... Je vous ai cherché au début de ce roman, j'ai cherché votre style, votre façon d'écrire... et je ne les ai redécouverts qu'au bout de quelques pages... Bon, après, je vous ai bien retrouvé mais, je ne sais pas, c'était bizarre comme sensation... Heureusement que Simon était là, avec ses gaufres au chocolat qu'il tient tant à offrir à tout le monde et que tout le monde refuse ! Attention, ne vous méprenez pas, j'ai apprécié ma lecture mais je vous ai senti comme égaré, au début, ceci n'étant, bien sûr, que mon interprétation de lecture...
Il faut tout de même que je vous raconte une petite anecdote à propos de votre livre. Lorsque Amazon m'a envoyé un mail m'annonçant qu'il ne me serait pas envoyé tout de suite (chose que je ne comprenais pas puisque le site affichait un stock de deux exemplaires et que, comme je l'avais précommandé, je m'attendais à être servie dans les premières... Mais, vous et moi, nous savons bien que ce que nous estimons être en droit de nous être donné, ne l'est pas toujours...), j'en ai parlé à "l'ombre de mon coeur", mon frère, que je savais devoir se rendre à Paris pour une journée de formation et je lui ai dit que s'il passait devant une librairie et qu'il avait le temps de s'y arrêter, il devait impérativement m'acheter votre livre. Je lui mentionnai donc le titre et, m'inquiétant de savoir s'il l'avait bien noté, le lui redemandai pour m'en assurer. Me connaissant parfaitement et se doutant sûrement de mon inquiétude, et sachant aussi parfaitement comment me faire sourire, il me répondit ceci : "Oui, c'est L'homme qui parlait aux nuages"... Dans un sourire, évidemment, j'avais trouvé sa réponse très jolie et en lisant les dernières lignes du Garçon qui dessinait des soleils noirs, je me suis dit que les mots de mon frère tombaient vraiment bien... En effet, le garçon qui dessinait des soleils noirs pouvait très bien devenir l'homme qui parlait aux nuages, après coup... Et cette idée a soudainement adouci l'ensemble...
Aujourd'hui, j'ai donc lu les deux histoires qui suivaient et là, je dois dire que je vous ai totalement reconnu dans votre écriture... J'ai beaucoup aimé ces deux histoires et elles me donnent très envie de découvrir prochainement votre troisième roman, sans revolver, je l'espère, cette fois-ci, et sans ce voile sur vos yeux qui en gâchent, je l'imagine sans peine, la couleur...
Rassurez-vous, je serai là à sa sortie et à la sortie des suivants et peu m'importe que vous soyez dans toutes les librairies ou non, l'important est que vous soyez toujours là pour celles et ceux qui vous aiment, vous et votre écriture, et qu'au-delà du temps vos mots continuent de se graver dans les souvenirs, pour toujours...
Christelle N.